Bon, comme je vous l'avais déjà écrit
ici, j'avais été un peu déçue par le livre, qui ressemblait trop à mon goût à un autre bouquin de Laura Weisberger... mais je suis encore plus déçue du film, qui m'a paru sérieusement insipide... Les acteurs/actrices sont très mignons, le jeu est correct, mais je n'ai pas retrouvé ce qui faisait tout le sel du livre...
Commençons par épingler Andrea, notre aspirante journaliste. Dans le livre, il s'agit bien évidemment d'une brave fille, dont le petit ami exerce un métier quasiment humanitaire puisqu'il est instit dans une banlieue extrêmement défavorisée. A des années lumière donc de la futilité dans laquelle va s'impliquer Andrea, toujours celle du livre, qui va pourtant s'y atteler comme si la survie de la planète en dépendait, tout en prenant soin de le faire payer à Runway dés qu'elle le peut, je pense au fait qu'elle distribue des cafés à des sans-abris (notes de frais!) ou file systématiquement de gros pourboires (notes de frais encore!). Premier gros décalage. Mais surtout, l'Andrea du film conserve un certain recul; elle cherche à faire son boulot du mieux possible, d'où l'éviction d'Emily, et elle ne se laisse jamais complètement emporter par la vague, elle garde toujours un peu de libre arbitre est toujours présent. Et psychologiquement elle y arrive, parce que la Miranda du film n'est pas le Diable.
Certes c'est une femme forte, dominatrice, autoritaire, mais également capable de s'effondrer et de reconnaître que l'on fait du bon boulot. On la sent humaine malgré tout, et presque sympathique si on gratte un peu le vernis. Ce n'est pas le cas de la Miranda du livre, que l'on entraperçoit brièvement dans le film lors des séquences pendant lesquelles elle jette manteau et sac sur le bureau d'Andrea, en dictant ses requêtes toutes plus imprécises les unes que les autres.
Miranda Priestly: I don't understand why it's so difficult to confirm an appointment.
Emily: I know, I'm so sorry, Miranda. I actually did confirm...
Miranda Priestly: The details of your incompetence do not interest me. Tell Simone I'm not going to approve that girl that she sent me for the Brazilian layout. I asked for clean, athletic, smiling; she sent me dirty, tired and paunchy. And RSVP yes to Michael Kors' party, I want the driver to drop me off at 9:30 and pick me up at 9:45 sharp. Then call Natalie at Glorious Foods and tell her no, for the 40th time, no, I don't want dacquoise, I want tortes filled with warm rhubarb compote. Then call my ex-husband and remind him that the parent/teacher conference at Dalton tonight. Then call my husband. Ask him to please meet me for dinner at that place I went to with Mossimo. Also, tell Richard I saw all the pictures that he sent for that feature on the female paratroopers and they're all so deeply unattractive. Is it impossible to find a lovely, slender, female paratrooper? Am I reaching for the stars here? Not really. Also I need to see all the things that Nigel has pulled for Gwyneth's second cover try. I wonder if she's lost any of that weight yet.
Dans le livre, pas une heure ne se passe sans que Andrea ne se fasse réprimander, insulter, rabaisser, manipuler, torturer psychologiquement ... de manière injuste et inexcusable. Et c'est bien sûr à cause de cette pression psychologique que l'Andrea du livre baisse finalement les bras et envoie paître Miranda en public, pendant un défilé parisien, ce qui bien évidemment lui vaudra de ne pas retrouver de travail dans la presse magazine ou quotidienne, mais bien de se mettre à écrire en freelance des nouvelles à l'eau de rose. Le plus ironique, pour l'Andrea du livre, c'est qu'elle ne cède pas à la tentation de coucher avec Christian, mais ne récupère pas pour autant son petit ami. Que les choses sont plus faciles sur Grand Écran! (Sa bonne copine en profite également puisqu'elle n'est pas alcoolique et ne va pas non plus tomber dans le coma. Tout bénéf!)
Et puisque personne ne s'oppose jamais à Miranda Priestley, évidemment personne ne complote contre elle... l'astuce parisienne qui consiste à nous faire croire qu'elle va enfin être punie de sa méchanceté (renvoi de son boulot et divorce) n'existe que dans le film, purement pour nous attendrir devant cette insupportable bonne femme et nous faire croire qu'il y a un cœur sous le tailleur. Ce que n'a définitivement pas la Miranda du livre.
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Pour moi, ce qui sauve le film, outre sa Bande Originale aux titres tous mieux choisis les uns que les autres, ce sont ses dialogues savoureux (tout aussi savoureux dans le livre, mais peut être un peu moins percutants, forcément, il y a plus de place à leur accorder!).
Miranda Priestly: [Miranda and some assistants are deciding between two similar belts for an outfit. Andy sniggers because she thinks they look exactly the same] Something funny?
Andy Sachs: No, no, nothing. Y'know, it's just that both those belts look exactly the same to me. Y'know, I'm still learning about all this stuff.
Miranda Priestly: This... 'stuff'? Oh... ok. I see, you think this has nothing to do with you. You go to your closet and you select out, oh I don't know, that lumpy blue sweater, for instance, because you're trying to tell the world that you take yourself too seriously to care about what you put on your back. But what you don't know is that that sweater is not just blue, it's not turquoise, it's not lapis, it's actually cerulean. You're also blithely unaware of the fact that in 2002, Oscar De La Renta did a collection of cerulean gowns. And then I think it was Yves St Laurent, wasn't it, who showed cerulean military jackets? And then cerulean quickly showed up in the collections of 8 different designers. Then it filtered down through the department stores and then trickled on down into some tragic casual corner where you, no doubt, fished it out of some clearance bin. However, that blue represents millions of dollars and countless jobs and so it's sort of comical how you think that you've made a choice that exempts you from the fashion industry when, in fact, you're wearing the sweater that was selected for you by the people in this room. From a pile of stuff.
Pour terminer et toujours pour ma part, le grand intérêt du film, c'est de m'avoir fait admirer d'un oeil envieux les tenues d'Andrea. Et ça, c'est contre-productif!
Réalisé par David Frankel. Avec Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Stanley Tucci, Simon Baker, Adrian Grenier. Sorti le 27 Septembre 2006.