Avant de commencer le récit de cette -longue- journée, revenons un peu en arrière...
Je crois que la première fois que nous avons évoqué l’idée d’aller assister au décollage d’une navette spatiale, c’était en 1998. Et puis les années passent, et avec elles l’achat d’une maison, plusieurs changements d’employeur et la naissance de nos deux garçons.
C'est en 2009 que la NASA annonce la fin du programme des navettes spatiales ; une fois la construction de l’ISS – la Station Spatiale Internationale- achevée, les 3 orbiteurs restants (Discovery, Atlantis et Endeavour) seront mis à la retraite, après presque 30 années de loyaux services malgré la perte de Challenger au décollage en 1986 et de Columbia en 2003 lors de son retour sur Terre.
Début 2010, plus de doute possible, le planning de lancement de la NASA affiche les 5 derniers vols. Trop tard pour s’organiser pour celui de février, le mois de mai c’est la haute saison touristique, juillet celle des ouragans… et en septembre, ce sera la rentrée scolaire pour les petiots, CP et CE1, impossible de rater les premiers jours d’école. Notre choix se porte donc sur la mission STS-131, décollage prévu le 18 mars.
Mi-février, la NASA annonçe le report du décollage, les températures rigoureuses ne permettant pas de sortir Discovery de son hangar pour l’emmener au Vehicle Assembly Building, où se fait l’assemblage de l’orbiteur avec son réservoir principal et ses deux boosters. On positive… les billets d’avion n’étaient pas encore réservés, le camping car non plus, et nous serons finalement absents en partie pendant les vacances de Pâques !
Dimanche 4 avril
18H
Après une demi-journée estivale sur la plage de Daytona, nous arrivons à Titusville, pavoisée de drapeaux américains. Sur le rivage, tournés vers l’océan, des dizaines de camping-cars sont garés les uns à côté des autres, et pas de doute, sur l’horizon, la silhouette blanche du VAB, le bâtiment d’assemblage, se détache nettement. Des centaines de personnes prennent ainsi l’apéritif au bord de la route, pour la plupart une paire de jumelles à la main. Nous cherchons des yeux la silhouette de la navette sur son pas de tir… que nous verrons mieux à la nuit tombée, sous les feux des projecteurs.
Nous décidons de continuer vers le Kennedy Space Center pour avoir des nouvelles fraîches, quitte à revenir dîner plus tard en ville… Sur le NASA causeway/parkway, la route surélevée longue de 7 miles qui relie Titusville au domaine de la NASA, la vue est entièrement dégagée. Miles après miles, les silhouettes du pas de tir et du VAB grossissent sur le côté gauche de la route. C’est frustrant d’être à la fois si proche, et encore si loin ! Nous passons devant le Astronaut Hall of Fame, devant lequel est garée une réplique grandeur nature d’une navette. Je la connais par cœur, et pourtant, en la voyant en vrai pour la première fois, je suis encore surprise par ses proportions…
Bientôt, ce sont des silhouettes de fusées qui apparaissent. The Rocket Garden, un jardin presque à la française dans lequel sont exposées les fusées qui ont jalonné la conquête de l’espace. Ce jardin fait rapidement place à notre troisième navette de la soirée, une réplique nommée Explorer… et à un réservoir principal, flanqué de deux boosters. Après des mois de préparation et d’anticipation, nous voilà arrivés au Visitor Complex du Kennedy Space Center. Renseignements pris, des centaines de visiteurs sont attendus avant même 23 heures, heure à laquelle le site ré-ouvrira ses portes à ceux munis du précieux sésame.
19H
Nous retournons dîner à Titusville, au milieu d’une foule qui arbore fièrement t-shirts et casquettes de la NASA, et dont le lancement à venir monopolise toutes les conversations. Dehors, le pas de tir brille de mille feux, et les projecteurs qui balaient la nuit captent tous les regards.
21H
Une fois garés sur le parking du KSC, nous remontons par curiosité la file d’attente qui patiente en attendant l’ouverture des portes. Il y a des couples de tous les âges, des groupes d’amis, des familles avec enfants, plusieurs bébés... Tous sont venus avec des oreillers, des couvertures ou des chaises pliantes en prévision d’une nuit à la belle étoile qui s’annonce inoubliable. Avec un pincement de regret, nous optons pour une nuit courte, certes, mais passée dans le confort de notre camping car.
Lundi 5 avril
3H
Lorsque le réveil sonne, nous sommes tous les 4 parés au décollage ! Après fouille de nos sacs et passage sous les portiques de sécurité, nous découvrons le jardin des fusées illuminé par des projecteurs, véritable paradis pour photographe amateur.

Nous avons trois heures à passer avant le décollage, ce qui nous laisse le temps de déambuler tranquillement dans les allées et d’examiner l’intérieur et l’extérieur d’Explorer, réplique exacte d’une navette.
5H
Il est temps de se trouver une place dans un des espaces où les plus acharnés campent depuis déjà plusieurs heures. Nous cherchons une vue relativement dégagée du ciel immédiatement au-dessus du pas de tir, ce qui n’est pas une mince affaire au milieu des palmiers qui procurent une ombre nécessaire en journée. Nous optons finalement pour un petit emplacement libre près de l’extrémité des boosters exposés avec Explorer… à part des fils électriques, rien ne devrait nous gâcher la vue, et cerise sur le gâteau, nous pouvons voir la navette sur le pas de tir grâce à l’écran géant installé à proximité. Les enfants frétillent d’impatience, nous aussi, mais c’est la foule entière qui retient sa respiration à chaque point météo donné au milieu du commentaire des préparatifs !
5H45
Autour de nous, un par un nos voisins fixent sur des trépieds leur matériel, qui va de la longue vue à l’appareil photo en passant par le caméscope. Le geste est contagieux, et je me retrouve bientôt en train de fixer notre caméscope, avec lequel j’aimerais capturer l’ambiance du lancement. J’ai l’intention de garder en main mon appareil photo, au moins pendant les premières secondes du décollage, pendant lesquelles l’intensité lumineuse sera suffisante pour photographier sans trépied.
6H15
Le commentateur vient d’annoncer que la Station Spatiale Internationale, destination finale de Discovery, va passer à la verticale du KSC d’une seconde à l’autre. Tous les regards se tournent vers le ciel, et nous la découvrons juste au moment où elle apparaît sur l’écran géant… Sitôt disparue, ce sont tous les regards qui convergent à nouveau en direction du pas de tir.
6H20
Les toutes premières lueurs de l’aube apparaissent sur notre droite. Comme la foule massée autour de nous, nous guettons sur l’écran géant la fin du compte à rebours…
6H21
A l’instant où la flamme jaillit sur la vidéo de la fusée sur son pas de tir, une lueur d’une incroyable intensité embrase l’horizon, puis le ciel tout entier… Discovery vient de décoller, sans un bruit, mais dans une grande explosion de lumière, dont l’intensité ne faiblit pas. Je crois que je compte une dizaine de secondes avant que le son nous atteigne, un fantastique crépitement qui me rappelle celui d’une allumette que l’on vient d’enflammer.

Tandis que Discovery s’élève vers le ciel, le bruit s’intensifie encore quelques secondes avant de décroître et de disparaître.

Ne reste alors sous nos yeux émerveillés que la fumée des moteurs, et un point lumineux qui continue de s’élever, avant de décrire une courbe et de redescendre vers l’horizon.
6H24
Les deux boosters ont été largués et retombent vers la terre, ceci dit, contrairement à ce que nous pensions le jour même, ce n'est pas eux que nous voyons, mais tout simplement la fumée des trois moteurs de Discovery... Le ciel s’éclaircit de secondes en secondes. Encore quelques instants, et nous perdrons Discovery de vue.

Des applaudissements retentissent autour de nous, pour ma part, je suis encore sous le choc d’avoir assisté au décollage d’une navette spatiale. L’avant-dernier décollage de Discovery, l’une des toutes dernières étapes d’un programme spatial qui ne compte plus que 3 missions. Autour de nous, nos voisins plient bagages.
Nous resterons encore là de longues minutes, à regarder disparaître doucement dans le ciel toutes traces du lancement ; les premiers rayons du soleil qui caressent la fumée des échappements de Discovery nous offrent un spectacle de toute beauté, irréaliste.

Les portes du KSC ne sont pas encore ouvertes au public, nous en profitons pour nous rendre au Shuttle Launch Experience, un simulateur de lancement de navette dont les astronautes vantent unanimement le réalisme. Nous ne serons pas déçus, après l'expérience que nous venons de vivre, se retrouver à son tour dans la navette, même si c'est avec 30 autres personnes dans la Cargo Bay... c'est magique!
8H
Il fait déjà trop chaud pour notre tenue de la nuit, jean et pull... nous retournons au camping car nous changer et déposer une partie de notre matériel, nous avons encore toute une grande journée devant nous pour vivre et revivre la conquête de l'espace

La suite de cette journée,
c'est ici!