Il y a quelques temps, un collègue anglais me demandait quel livre je pourrais conseiller pour sa maman, qui n'a toujours lu que des Mills and Boons (l'équivalent de notre collection Harlequin). Je lui ai fait une petite liste, avec en tête les livres de Mary Higgins Clark dont les personnages principaux sont Alvirah et son mari, deux sexagènaires qui ont gagné à la loterie et s'improvisent détectives pour défendre la veuve et l'orphelin (sa maman a adoré!).
Mais pour le fun, j'ai tout de même avoué à ce collègue que j'avais moi même une petite collection de Mills and Boons... ce qui l'a fait beaucoup rire. Evidemment, il n'en a jamais lu, et évidemment il était horrifié à l'idée même d'en lire. Alors petite explication de texte pour ceux qui sont dans son cas.
Ma vingtaine de Mills and Boons, je suis tombée dessus par hasard, dans une braderie. Des petits livres d'une centaine de pages, en anglais évidemment, et aux couvertures prometteuses pour qui aime la romance! Achetés pour une bouchée de pain, je me suis plongé dedans avec amusement.
Évidemment il y en a des contemporains, mais ceux que j'ai ont été écrits dans les années 70 et ils sont merveilleusement surranés. L'homme est souvent beaucoup plus vieux que la femme, l'un (ou les deux) voit leur relation comme étant de type père/fille, et ils se connaissent depuis toujours. Si ce n'est pas le cas, c'est alors qu'il se rencontrent par hasard, et dans ce cas, elle est pauvre et se débrouille seule dans la vie (scandale, elle travaille!) tandis que lui est riche et a déjà une aventure avec une autre femme (riche, de son âge, et magnifiquement sensuelle).
La demoiselle n'est jamais vraiment jolie suivant le standard de l'époque, trop grande et/ou trop mince, mais elle est gracieuse et elle a de beaux cheveux (ou de beaux yeux, parfois même à la fois de beaux yeux et de beaux cheveux). Elle n'est pas son genre de femmes, trop de caractère ou pas assez, mais il est inexpliquablement attiré par elle. Lui est soit Italien, soit Grec, ou éventuellement Gallois (le type sauvage et buriné), mais il conduit invariablement une voiture de sport. Si ses parents à elle sont encore en vie, son père fait confiance à cet homme, tandis que sa mère le désapprouve complètement.
Le baiser le plus chaste les laisse tous les deux à court de souffle, et se termine abruptement lorsque l'un, ou les deux, y met fin brutalement. Lui en expliquant qu'elle ne devrait pas se laisser aller à ce genre d'expérience parce qu'il ne sera pas toujours capable de se contrôler. Elle en se demandant ce qu'elle a fait de mal et si elle va aller en enfer parce qu'elle a pris du plaisir à ce baiser (sa mère lui a dit qu'elle ne devrait pas) et qu'ils ne sont même pas mariés.
Parfois l'action n'est pas en Angleterre, ni en Grèce, ni en Italie... mais en Australie, en Nouvelle Zélande, en Afrique du Sud... et l'on a le plaisir de découvrir la vie d'une plantation de bananes ou d'un village minier, et d'être confronté à des périls aussi variés que des tempêtes de sable, des courants marins insoupçonnés ou des guépards avides de chair fraîche. Evidemment, dans ces contrées sauvages, il lui sauve la vie à un moment ou à un autre.
Bref, il faut aimer la romance, mais heureusement, l'homme fait rarement la cour de façon tout à fait traditionelle. Parfois il enlève sa belle pour la soustraire à la (déplorable) influence de sa maman, parfois il la rend jalouse, parfois il a recours à d'autres stratagèmes délicieusement retords (chantage et autres délicatesses). Une chose est constante: le happy end.
Site Officiel: http://www.millsandboon.co.uk/